C’est le printemps

J’enfile une tenue de circonstance : un pantalon rustique, une chemise à carreaux puis un pull, et direction Breuville, petit village perdu dans le Cotentin.

Le village

Je me balade au milieu de petites exploitations agricoles ; dans l’air flotte un mélange d’odeurs assez complexe de terre, d’herbe, de fumier. Le fond de l’air est encore un peu frais, le ciel est d’un bleu grisé. Il ne fait pas beau, ça ne sent pas bon, mais je ressens tout l’inverse. Entre le lavoir et l’église, deux, trois fils électrifiés marquent l’entrée d’un champ ; le ronronnement d’un vieux tracteur se fait entendre au loin. J’enjambe la barrière et j’entre. Il ne me faut pas plus d’une minute pour y trouver une fourgonnette abandonnée ; elle doit y reposer depuis quelques décennies, vu son état. Le propriétaire s’est peut-être dit qu’elle servirait un jour, ou alors il a manqué de temps pour l’amener à la casse. La tôle rouillée se marie parfaitement à la lumière blafarde, à la couleur de l’herbe.

J’aime ces mini-casses à ciel ouvert, ou de petites histoires se dessinent, comme autant de poèmes industriels au milieu des vaches et des céréales. C’est ici que j’ai autrefois passé mes vacances, chez mes grands-parents. Les suivre quand ils vont traire les vaches, rentrer les poulets, ou nourrir les lapins. La journée, mes frères et moi, on fouillait dans le grenier où s’entassaient tout et n’importe quoi, dans une atmosphère confinée saturée de poussière. Nostalgie d’enfance.

L’atelier

Je rentre et me dirige vers l’atelier de mon grand-père, aujourd’hui abandonné. Mini-cabane juxtaposée à la ferme, le verrou est rouillé mais pas de trace de cadenas : j’entre, les mains sentant la rouille et la vieille graisse. Rien n’a changé. Quelques tâches de moisissure en plus, peut-être.

Et tout y est : la vieille balance rouillée, les outils accrochés au mur, les seaux en plastique multicolores trainant de ci de là, et un énorme vrac de broutilles de tous les jours entassé sur l’établi. J’y distingue une seringue pour bestiaux, aussi énorme que dans mes souvenirs ; les araignées ont eu tout le temps d’y tisser des toiles gigantesques.

Lorsque j’ai trouvé le tissu pour réaliser cette chemise, c’est à tout ça que j’ai pensé ; aujourd’hui, ma tenue et moi, dans cet établi, c’est comme une page de mon enfance ressuscitée.

Tenue de circonstance

Pantalon, pull et chemise ont été conçus par No. entre décembre 2012 et mars 2013: * Le pantalon est réalisé dans une toile de coton de couleur ‘vert militaire’, avec un motif chevron. Coupe homme : taille basse et poches passepoilées à l’arrière ; * Le pull sans manches est réalisé en Baby Merino, couleur Apple ; un motif losange est appliqué sur l’ensemble du corps sauf sur l’empiècement épaule qui lui est en côtes. * La chemise est réalisée dans une popeline de coton avec un motif carreau, comme une chemise de travail ; coupe « chemise de grand père ».